
Une blessure émotionnelle est une empreinte psychique laissée par une expérience où nos besoins fondamentaux n’ont pas été satisfaits, particulièrement durant l’enfance quand notre système nerveux et notre sens de soi sont en formation. Ce n’est pas simplement un souvenir douloureux — c’est une adaptation neurologique et émotionnelle qui façonne ensuite notre perception du monde, nos relations et notre rapport à nous-mêmes.
Pensez-y comme une fracture émotionnelle qui, si elle ne guérit pas correctement, crée un point sensible qui continue de se déclencher et à réagir pendant des années, voire des décennies plus tard. Chaque fois qu’une situation actuelle touche cette zone blessée, nous ne réagissons pas seulement au présent — nous revivons inconsciemment le passé.
Réveiller les fantômes du passé : Les origines
(personnes = parent, aidant\caregiver, professeur, famille, culture, société)
1. La négligence ou l’absence de présence
Ce qui se passe : L’enfant grandit dans un vide émotionnel. Les personnes-parents sont physiquement présents mais émotionnellement absents — déprimés, préoccupés, surchargés ou simplement incapables de syntoniser avec les besoins de l’enfant.
L’impact : L’enfant intériorise : “Mes besoins ne comptent pas. Je ne suis pas assez important·e pour mériter l’attention.” Cela crée une sensation de vide intérieur, un sentiment d’inexistence.
À l’âge adulte : Difficulté à identifier ses propres besoins, à demander de l’aide, à croire qu’on mérite de l’attention. Tendance à se rendre invisible ou, au contraire, à surcompenser par une quête désespérée de reconnaissance.
2. L’insécurité physique ou la violence
Ce qui se passe : L’enfant vit dans un environnement où son corps n’est pas en sécurité ou quand il y a une violence physique, punitions corporelles et violence domestique.
L’impact : Le système nerveux reste en hypervigilance constante. Le monde est perçu comme dangereux. L’enfant apprend que l’amour et la douleur peuvent coexister.
À l’âge adulte : Anxiété chronique, difficultés à se détendre, réaction de sursaut exagérée, difficulté à faire confiance, tendance à normaliser les relations abusives ou à devenir hypercontrôlant·e pour se sentir en sécurité.
3. L’insécurité psychologique ou l’emprise
Ce qui se passe : Manipulation émotionnelle, gaslighting, personne-parent narcissique, culpabilisation, chantage affectif. L’enfant apprend que sa perception de la réalité n’est pas fiable.
L’impact : Confusion identitaire profonde, incapacité à faire confiance à son propre jugement, sentiment que quelque chose ne va pas chez soi mais sans savoir quoi.
À l’âge adulte : Doute de soi chronique, vulnérabilité aux relations manipulatrices, difficulté à poser des limites, tendance à se remettre en question constamment, syndrome de l’imposteur profond.
4. Attouchements ou intrusions intimes
Ce qui se passe : Violation des limites corporelles — abus sexuels, mais aussi absence de respect pour l’intimité physique et émotionnelle de l’enfant (le parents entre sans frapper, lit le journal intime, force des câlins).
L’impact : Confusion entre intimité et violation, sentiment que son corps ne lui appartient pas, honte corporelle profonde.
À l’âge adulte : Difficultés avec l’intimité physique et émotionnelle, dissociation du corps, hyper-sexualisation ou évitement sexuel, difficulté à dire non, perméabilité des limites personnelles.
5. Les deuils, les séparations ou divorces
Ce qui se passe : Rupture du cocon familial, souvent accompagnée de conflit, d’instabilité, de loyautés divisées. L’enfant peut se sentir responsable ou pris entre deux camps.
L’impact : Insécurité d’attachement, peur de l’abandon, croyance que l’amour est temporaire et que les gens partent toujours.
À l’âge adulte : Anxiété relationnelle, sabotage de relations stables par peur d’être quitté·e, difficulté à s’engager, hypervigilance aux signes de rejet, tendance à partir avant d’être abandonné·e.
Voici les 7 blessures émotionnelles fondamentales

1. La blessure de REJET
Message intériorisé : “Je ne devrais pas exister. Je suis de trop.”
Origine : Personne qui rejette l’enfant, qui communique qu’il/elle est un fardeau, qu’il/elle n’était pas désiré·e, ou qui exprime du dégoût envers l’enfant.
Masque protecteur développé : Le fuyant — se rendre petit·e, invisible, éviter d’exister pleinement pour ne pas déranger.
Dans la vie artistique : difficulté à montrer son travail, sentiment de ne pas mériter l’espace qu’on occupe, tendance à minimiser ses réalisations, créer en secret sans jamais partager
Direction de guérison : Affirmer son droit d’exister pleinement. “J’ai le droit d’être ici. Mon existence a de la valeur. Je respire donc j’exite et j’ai de la valeur.”
2. La blessure d’ABANDON
Message intériorisé : “Je ne peux compter sur personne. On finit toujours par me laisser.” Je me protège donc je risque d’abandonner les autres et moi-même.
Origine : Absence physique ou émotionnelle d’un parent, séparations répétées, promesses non tenues, parent présent-absent.
Masque protecteur développé : Le dépendant — s’accrocher aux autres de peur d’être seul·e, ou l’évitant qui part avant d’être abandonné·e.
Dans la vie artistique : difficulté à terminer les projets (peur symbolique de la séparation), besoin constant de validation, peur panique face aux opportunités (et si ça ne dure pas ?) ou au contraire, refus de s’attacher à son travail
Direction de guérison : Développer la sécurité intérieure. “Je peux compter sur moi. Je ne m’abandonnerai jamais.”
3. La blessure d’HUMILIATION
Message intériorisé : “Je suis sale, mauvais·e, honteux·se. Il y a quelque chose de fondamentalement mauvais en moi.”
Origine : Honte publique, moqueries, punitions humiliantes, contrôle excessif sur les fonctions corporelles, jugement constant sur l’apparence ou le corps.
Masque protecteur développé : Le masochiste — se punir soi-même avant que les autres ne le fassent, ou l’auto-saboteur.
Dans la vie artistique : auto-sabotage systématique juste avant le succès, difficulté à recevoir des compliments, sentiment d’être un imposteur profond, créer mais détruire systématiquement son travail
Direction de guérison : Reconnaître sa dignité intrinsèque. “Je suis digne tel·le que je suis. La honte n’est pas moi.”
4. La blessure de TRAHISON
Message intériorisé : “Je ne peux faire confiance à personne. Si je me montre vulnérable, je serai trahi·e.”
Origine : Parent qui manipule, qui utilise les confidences contre l’enfant, qui brise systématiquement les promesses, qui privilégie un autre enfant.
Masque protecteur développé : Le contrôlant — tout micro-gérer pour ne jamais être pris·e au dépourvu.
Dans la vie artistique : hypercontrôle de chaque aspect créatif, difficulté à collaborer, besoin de tout faire soi-même, méfiance envers les galeries, curateurs, collaborateurs, perfectionnisme comme armure
Direction de guérison : Réapprendre la confiance progressivement. “Je peux discerner qui mérite ma confiance. Je peux gérer la déception.”
5. La blessure d’INJUSTICE
Message intériorisé : “Le monde est injuste. Si je ne suis pas parfait·e, je ne mérite rien.”
Origine : Parent rigide qui manque d’humilité, exigences impossibles, amour conditionnel basé sur la performance, comparaisons constantes, manque de compassion pour les erreurs.
Masque protecteur développé : Le rigide — perfectionnisme extrême, froideur émotionnelle, justice implacable envers soi et les autres.
Dans la vie artistique : perfectionnisme paralysant, incapacité à terminer (rien n’est jamais assez bon), autocritique féroce, comparaison constante aux autres, épuissement\burnout par standards impossibles
Direction de guérison : Cultiver l’autocompassion. “Je suis humain·e. L’imperfection est la porte de la créativité.”
6. La blessure d’INTRUSION
Message intériorisé : “Je n’ai pas le droit à mon propre espace intérieur. Mes limites ne comptent pas.”
Origine : Parent envahissant qui ne respecte aucune limite — physique, émotionnelle, psychologique. Absence totale d’intimité.
Masque protecteur développé : Le mur — fermeture émotionnelle, forteresse impénétrable.
Dans la vie artistique : difficulté à partager son processus créatif, besoin d’isolement extrême, peur d’être “lu·e” à travers son art, ou au contraire, sur-partage comme tentative de contrôler la narration
Direction de guérison : Établir des limites saines. “Je décide ce que je partage et quand. Mon monde intérieur m’appartient.”
7. La blessure d’IMPUISSANCE
Message intériorisé : “Je n’ai aucun pouvoir. Mes choix ne comptent pas. Je suis une victime.”
Origine : Parent autoritaire qui écrase toute autonomie, qui punit l’initiative, qui contrôle chaque aspect de la vie de l’enfant, ou situations traumatiques où l’enfant était dépassé et réellement impuissant.
Masque protecteur développé : Le soumis ou le rebelle (fausse autonomie par opposition systématique).
Dans la vie artistique : difficulté à prendre des décisions créatives, attendre la permission ou la validation externe, procrastination chronique, sentiment d’être bloqué·e ou rébellion contre toute structure/guidance même bénéfique
Direction de guérison : Récupérer son pouvoir et sa responsabilité (self- agency). “J’ai le pouvoir de choisir. Mes actions ont un impact. Je peux créer mon chemin.”
Guérir et libérer ses blessures : Le chemin

1. Reconnaissance : Nommer la blessure
La guérison commence par voir ce qui était invisible. Identifier quelle(s) blessure(s) vous habitent. Ce n’est pas une étiquette, c’est une carte.
2. Compassion : Comprendre sans jugement
Ces blessures ne sont pas des défauts de caractère — ce sont des adaptations intelligentes à des environnements insécures et situations impossibles. L’enfant que vous étiez a fait de son mieux pour survivre.
3. Ressentir : Permettre l’émotion
Les blessures non ressenties restent stockées dans le corps. La guérison demande de revisiter ces émotions avec la sécurité de l’adulte que vous êtes maintenant et parfois avec l’aide d’un thérapeute.
4. Déconstruire les croyances limitantes
Identifier les messages intériorisés (“Je ne mérite pas”, “Je suis de trop”, “Je dois être parfait·e”) et les questionner consciemment. Sont-ils vrais maintenant ? L’ont-ils déjà été ?
5. Pratiquer de nouveaux comportements
La guérison n’est pas que intellectuelle, c’est comportementale. Si votre blessure vous pousse à fuir, pratiquer de rester. Si elle vous pousse à contrôler, pratiquer le lâcher prise. Petit à petit…passer à l’action!
6. Reparentage intérieur
Devenir pour soi-même le parent qu’on aurait dû avoir. Offrir à son enfant intérieur la sécurité, la validation, l’amour inconditionnel qui ont manqué.
7. Le corps comme porte d’entrée
Les blessures vivent dans le système nerveux. Les approches somatiques (chi gong, yoga, danse, thérapie somatique, EMDR) sont souvent plus efficaces que la parole seule.
Les blessures comme matériel créatif
Paradoxalement, vos blessures peuvent devenir votre génie artistique. L’art le plus puissant naît souvent de la transformation de la douleur en beauté, en sens, en connexion. Non pas en restant prisonnier·ère de la blessure, mais en la traversant consciemment avec bienvaillance.
Votre travail de guérison et votre travail créatif peuvent danser ensemble — chacun nourrissant l’autre.
La question n’est pas : “Comment faire disparaître mes blessures ?”
Mais plutôt : “Comment puis-je les transformer en sagesse, en compassion, en art qui résonne et touche avec amour les blessures des autres ?”
Quelle(s) blessure(s) résonne(nt) le plus profondément pour vous ?
