

L’installation art textile « S’appartenir and Be-long ; owning myself » est une installation de 2026 · textile, métaux · 62 × 30 cm · un cercle noir crocheté (Ø 43 cm) au sol
Avant les mots, le corps hérite. Ce qui se transmet de mère en fille ne se dit pas : il se porte, cousu à même la peau. Appartenir à, c’est être tenue, parfois retenue. S’appartenir est le seuil le plus long à franchir. Le vêtement garde ici la mémoire de celles qui se sont abandonnées pour avoir leur place ; au sol, le cercle noir crocheté tient l’ouvrage comme une terre qui accueille l’origine de la honte.
Résonance restaurée
Il y a des héritages qui ne se disent pas. Ils se transmettent de mère en fille en deçà des mots dans la manière de se tenir, de se taire, de prendre ou de ne pas prendre sa place. Le corps les garde longtemps avant que la conscience ne les nomme.
Résonance est née de ce constat : ce qui blesse dans une lignée n’est pas tant ce qui fut fait que ce qui n’a pu circuler, retenu par la honte. L’amour empêché. La voix tue. La tendresse jamais retournée vers soi.
Résonner, c’est être touchée et répondre sans se perdre ni se fondre dans l’autre, ni se refermer sur soi. C’est l’exact contraire de l’effacement appris, ce vieux réflexe des femmes d’une lignée qui, pour survivre, avaient appris à se faire petites. Le cercle noir qui tient l’ouvrage au sol, les tabliers usés par le don, le foulard porté au fil de l’eau : ces trois œuvres tracent ensemble le même passage; du repli vers la présence, du déni de soi vers la résonance.
Guérir, c’est s’offrir enfin la douceur qu’on n’a cessé de tendre aux autres. La guérison d’une lignée n’efface pas la pierre. Elle réapprend à couler autour de la blessure sacrée transmise, jusqu’à ce que la pierre devienne passage. Ce que les mères n’ont pu faire circuler, la fille le laisse enfin se mouvoir, non pour réparer le passé, mais pour que le courant reprenne, et qu’avec lui le lien se répare.
Là où l’amour avait gelé, tout recommence à circuler, et rend à la lignée familiale son mouvement : s’appartenir, pour pouvoir vraiment appartenir et redonner, à celles qui viennent, une eau libre de couler.

L’installation art textile “Compassion” · 60 × 78 cm · 2022 ·60 × 78 cm Deux tabliers, vêtements de celles qui nourrissent, protègent et guident. La teinture des plantes y dépose sa tendresse, le métal sa rouille ; tous deux laissent la trace de tout ce qui s’use à donner sans retour. Entre les deux, un geste rare : broder pour retourner vers soi pour enfin appporter la douceur offerte librement aux autres. La compassion n’est entière que lorsqu’elle revient à sa source.
L’installation art textile “Je suis la rivière – I Am The River ” 2022 ·215 × 50 cm Un foulard de soie blanche, porté là où naît la voix. Dans son lit, des cailloux où perdurent les mots tus, l’héritage maternelle. L’eau ne les enlève pas : elle les contourne, et de ce contournement naissent les rides et les cercles de la sagesse à la surface. Broder autour de la pierre, lentement pour devenir le courant. Je suis…
Galerie Colline
(03-08-2026) Au cours des prochaines semaines, nous allons afficher chacune des œuvres présentées dans le cadre de l’exposition ARTjeux, actuellement en montre à la Galerie Colline, Musée historique du Madawaska. Crédit des deux dernières photos: Michel Carrier, Edmundston.



















