Innocence, un projet de création réalisé grâce à une bourse de création obtenue en 2021 par le Conseil des arts du N.-B.

C’est avec une profonde gratitude que je veux remercier le Conseil des arts du Nouveau-Brunswick de m’avoir accordé une bourse de création. Ce soutien financier représente bien plus qu’une simple aide matérielle ; il constitue une reconnaissance de mon travail artistique et m’a permis la liberté nécessaire de me consacrer pleinement à mon installation ‘Innocence’.

Le Conseil des arts du N.-B. joue un rôle essentiel dans le développement culturel de notre province, et je suis honorée de faire partie des artistes choisi en 2021.

Ce projet examine la composition harmonieuse avec l’angoisse existentielle en lien avec l’innocence de l’enfant intérieur.

J’intègre mes récentes études et l’exploration sur la modification des textiles avec la broderie intuitive et consciente. Cette démarche de création permet le ressenti corporel, le « felt sense », qui est une capacité de neuroperception à détecter les signaux du mental, des émotions et des sensations qui permet d’encourager l’attachement sécurisé tout en travaillant le trauma intergénérationnel au féminin.

L’installation « Innocence » est composée de sept pièces d’étoffes de 55 x 85 cm découpées en utilisant un patron de robe d’enfant pour être ensuite brodées et déposées sur des mannequins en forme de cages de fer.

Des pans de petites robes ternes sont transformés afin d’être enjolivés par le contact et la présence prolongée entre les tissus, les plantes et les métaux. Avec le fil, j’écris mon histoire sans angoisse ! La géométrie sacrée livrée par le travail de broderie incite un état d’équilibre, une respiration profonde et un calme permettant un état de tranquillité dans toutes les fibres de mon être.

La cage invisible du traumatisme qui protège l’innocence et parfois aussi une personnalité qui se défend. Pour se sentir aimé, un enfant doit s’adapter à un environnement terrifant ou dangereux en évitant les conflits. S’il cherche à plaire, il se déconnecte de qui il peut être vraiment ; donc, des parties de soi sont polarisées. Les fragments de tissus noirs dans les œuvres nous donnent l’illusion d’une sécurité.

Comment accéder à la mémoire corporelle de l’événement afin de libérer l’histoire qu’il contient ? La conscience des traumatismes d’attachement soulève un problème de société. Et si c’était le moment de passer à l’autonomisation afin de retrouver mon pouvoir intérieur !

« Innocence » est présentée avec les œuvres de ma dernière exposition « SOMA », un mot grec σῶμα qui signifie corps. En biologie, c’est le corps cellulaire d’un neurone. En thérapie par les approches corporelles basées sur le mouvement, le corps est perçu de l’intérieur et contient une grande sagesse.

« SOMA » comprend neuf créations d’art textiles créées pendant une période de quatre ans en suivant les étapes de la guérison du traumatisme : établir la sécurité et la stabilité, se souvenir et faire le deuil pour ensuite intégrer et reconnecter. Nous y retrouvons des œuvres suspendues ou sur une base qui peuvent être vues des deux côtés.

Je tiens à remercier toutes les personnes qui ont permis cette reconnaissance. Depuis ma bourse de création du Conseil des arts du Nouveau-Brunswick, c’est en pleine pandémie que l’installation Innocence est devenue le pont pour la guérison de l’enfant intérieur. Ces derniers mois, je me réveille le matin et je vois danser cette petite fille de 5 ans. Il y a aussi une autre partie de moi qui veut appuyer sa tête sur mon épaule pour recréer des liens cellulaires et neuronaux de la confiance. Voici un texte qui explore comment l’innocence peut renaître après les traumatismes, non pas comme un retour naïf, mais comme une conquête corporelle consciente et courageuse.

L’innocence semble perdue à travers les traumatismes du développement de l’enfance et parfois disparue à jamais. Pourtant, il existe un chemin vers l’innocence retrouvée, une pureté d’être émotionnelle qui n’ignore pas la douleur mais choisit malgré tout l’ouverture du cœur.

Cette innocence seconde naît de la connaissance profonde de la souffrance et du choix conscient de ne pas fermer son cœur. C’est choisir de faire confiance à nouveau, non par aveuglement, mais par courage. Elle maintient un cœur tendre tout en développant des limites solides. Elle sait discerner sans devenir arrogante, protéger sans s’isoler, aimer sans se perdre.

Les blessures d’attachement créent des patterns où l’intimité déclenche simultanément le désir et la terreur. Une partie de nous repousse l’autre par peur d’abandon, tandis que l’autre partie s’accroche désespérément, créant paradoxalement la distance redoutée. Briser ces cycles demande une reconnaissance bienveillante de toutes les parties de soi qui tentent de nous protéger et qui sont blessées. Il s’agit d’apprendre à créer la sécurité interne avant de la chercher à l’extérieur.

Pour moi, le chemin de reconquête commence par créer des espaces sacrés et des pratiques quotidiennes (journal, Focusing, marche dans la nature et jardinage, jeu authentique et création artistique). Cette innocence fragile, telle une fleur, a besoin d’être choyée. Progressivement, elle devient courageuse, capable de prendre des risques relationnels, de choisir consciemment la vulnérabilité. Chaque acte de confiance authentique prouve à l’âme/cœur qu’elle peut s’ouvrir sans se perdre et affirme : « Je refuse de laisser le mal détruire ma capacité d’aimer. » Elle transforme la souffrance personnelle en médecine pour le monde. Elle n’efface pas les cicatrices mais les transforme en sagesse. Cette innocence consciemment choisie possède une force que l’innocence originelle n’avait pas : elle connaît sa propre résilience et a choisi l’amour.

Pour tous ceux et celles qui cherchent leur innocence première, il existe cet espoir : l’innocence peut renaître, différente mais plus forte. Au fond de chaque cœur blessé sommeille cette fleur ou étincelle, attendant de se rallumer et de briller à nouveau à travers l’ombre.