L’innocence retrouvée est un concept psychologique et spirituel qui décrit un état de libération intérieure où une personne se reconnecte avec une forme de pureté émotionnelle et d’authenticité qu’elle avait perdue à travers les blessures, les traumatismes et les conditionnements de la vie.

Qu’est-ce que l’innocence ? L’innocence originelle fait référence à l’état naturel de l’enfant avant les blessures :
Spontanéité pure : l’enfant exprime librement ses émotions, ses besoins, ses désirs
Confiance fondamentale : croyance que le monde est sûr et que ses besoins seront satisfaits
Absence de honte : l’enfant ne porte pas de jugement sur lui-même, il est simplement
Connexion à soi : l’enfant sait intuitivement ce qu’il ressent et ce dont il a besoin
Émerveillement : capacité à être présent, curieux, étonné par la vie
Authenticité sans filtre : pas de masque social, pas de faux-soi
Cette innocence n’est pas de la naïveté mais c’est un état d’ouverture et de présence non défensive.
Comment l’innocence se perd à travers les blessures parentales?
Comme le décrivent Schwartz, McDaniel et Hasseldine, l’innocence se perd progressivement lorsque :
- L’enfant apprend que son authenticité n’est pas sûre
“Si je montre mes vrais sentiments, papa s’en va”
“Si je demande de l’attention, maman se fâche ou s’effondre”
“Je dois devenir quelqu’un d’autre pour être aimé” - La honte remplace l’innocence
“Il y a quelque chose de fondamentalement mauvais en moi”
“Mes besoins sont un fardeau”
“Je dois gagner le droit d’exister” - Les stratégies de survie deviennent l’identité
Le fawn response (plaire et apaiser) remplace la spontanéité
La performance remplace l’être
La vigilance remplace la confiance
Le contrôle remplace l’abandon
Dans la théorie Polyvagale, l’innocence se perd lorsque le système nerveux quitte l’état ventral vagal (sécurité, connexion) et apprend à fonctionner principalement en sympathique (hypervigilance) ou dorsal (effondrement, engourdissement). L’enfant innocent vit naturellement dans l’état ventral: ouvert, présent, confiant. Les traumatismes et l’absence de co-régulation le forcent à abandonner cet état pour survivre.
L’innocence retrouvée est la renaissance et le fleurissement après la blessure
L’innocence retrouvée n’est pas un retour à l’enfance ou à la naïveté. C’est un état conscient qui intègre à la fois la sagesse acquise à travers la souffrance ET la guérison et la pureté émotionnelle qu’on avait perdue.
C’est une seconde innocence plus profonde que la première parce qu’elle a été choisie, reconquise, guérie.
Les Caractéristiques de l’Innocence Retrouvée
- Authenticité sans défense excessive
On peut être soi-même sans crainte constante du jugement
On exprime ses émotions et besoins honnêtement
On ne porte plus de masques épuisants - Vulnérabilité consciente
On accepte d’être vu dans sa fragilité
On ne confond plus vulnérabilité et faiblesse
On peut demander de l’aide sans honte - Présence et émerveillement
On retrouve la capacité d’être étonné par la vie
On peut jouer, rire, créer sans se juger
On habite le moment présent - Libération de la honte toxique
On sait qu’on est fondamentalement digne d’amour
On ne porte plus la responsabilité des blessures qu’on a subies
On peut dire “je ne suis pas parfait et c’est correct car je suis OK!” - Confiance reconstruite mais pas naïve
On peut faire confiance à nouveau, mais avec discernement
On sait identifier les personnes et situations sûres
On établit des limites saines sans se fermer complètement - Réconciliation avec l’enfant intérieur
On a retrouvé la petite fille abandonnée en nous
On l’a accueillie, écoutée, aimée
On lui offre maintenant ce qui lui a manqué - Liberté de choisir plutôt que de réagir
On ne vit plus en mode survie automatique
On peut répondre consciemment aux situations
On n’est plus prisonnier des patterns de codépendance et de constamment faire plaisir
Comment retrouver l’innocence : le chemin de guérison?
- Nommer et pleurer ce qui a été perdu
L’innocence retrouvée commence par reconnaître le deuil :
“J’ai perdu mon enfance”
“Je n’ai jamais eu le droit d’être un enfant innocent”
“J’ai dû grandir trop vite, porter des responsabilités qui n’étaient pas les miennes”
Schwartz insiste sur l’importance de confronter la vérité de la blessure plutôt que de la minimiser. Ce deuil est sacré car c’est honorer l’enfant qu’on était. - Rencontrer et accueillir l’enfant intérieur
L’innocence retrouvée passe par une réunification intérieure :
Visualisations : s’imaginer enfant, lui parler, la prendre dans ses bras
Dialogues écrits : écrire à sa petite fille intérieure, lui demander ce dont elle a besoin
Photos d’enfance : regarder des photos de soi enfant avec compassion
Activités ludiques : danser, dessiner, jouer comme on l’aurait fait enfant
McDaniel parle de “devenir sa propre mère nourricière” car c’est exactement cela : offrir à l’enfant en nous l’amour inconditionnel qui lui a manqué. - Rééduquer le système nerveux avec l’approche Polyvagale
L’innocence vit dans l’état ventral vagal. Pour la retrouver, j’ai besoin de :
Créer des expériences de sécurité (glimmers) quotidiennes
Pratiquer la co-régulation avec des personnes sûres
Développer l’auto-régulation avec la respiration, le mouvement et le chant
Sortir du mode survie sympathique/dorsal pour habiter le ventral
Quand le système nerveux apprend qu’il est enfin en sécurité, l’innocence peut émerger à nouveau comme une rivière souterraine. - Libérer la honte et embrasser l’imperfection
La honte est l’antithèse de l’innocence. Pour retrouver l’innocence, j’ai besoin de:
Nommer la honte : “Je porte une honte qui ne m’appartient pas”
Comprendre ses origines : cette honte vient des blessures, pas de qui je suis
Pratiquer l’auto-compassion : se parler comme on parlerait à un enfant aimé
Partager sa honte : en thérapie, avec des ami(e)s de confiance, la honte meurt dans la lumière
Brené Brown dit : “La honte ne peut pas survivre à l’empathie.” Quand on reçoit de l’empathie pour nos parties les plus vulnérables, l’innocence peut respirer à nouveau. - Retrouver la spontanéité et le jeu
L’innocence s’exprime dans la légèreté et le jeu :
Activités créatives sans jugement : peindre, écrire, danser “mal”
Rire de soi : ne plus se prendre trop au sérieux
Explorer sans but : se promener sans destination, improviser
Dire des bêtises : lâcher le besoin d’être toujours intelligent ou performant - Établir des limites saines
L’innocence retrouvée n’est pas de la naïveté. J’apprend à :
Dire non sans culpabilité
Identifier les personnes toxiques et s’en éloigner
Protéger son enfant intérieur des environnements dangereux
Choisir consciemment qui peut accéder à notre vulnérabilité
Hasseldine insiste : “Vous avez le droit de parler et d’être entendue.” L’innocence retrouvée inclut la force de se protéger. - Pardonner quand c’est possible et sain
Le pardon n’est pas obligatoire, mais il peut libérer :
Pardonner ne signifie pas excuser ou oublier
C’est se libérer du poids de la colère et de la rancœur
C’est comprendre que nos parents étaient aussi blessés
C’est choisir de ne plus porter leur histoire comme la nôtre
Parfois, l’innocence retrouvée inclut le pardon et parfois, le lâcher prise car elle inclut simplement la distance.
L’innocence retrouvée dans les relations
Avant la guérison : relations basées sur la survie
Codépendance : fusion, perte de soi
Fawn response : plaire pour éviter l’abandon
Hypervigilance : scanner l’autre pour détecter le danger
Patterns répétitifs : attirer des personnes et\des partenaires qui reproduisent les blessures
Après la guérison : relations basées sur l’authenticité
Interdépendance : deux personnes entières qui choisissent d’être ensemble
Vulnérabilité réciproque : on peut se montrer sans masque
Sécurité mutuelle : on se co-régule sans se perdre
Liberté : on peut être soi-même sans craindre le rejet
Joie simple : on peut rire, jouer, être léger ensemble
L’innocence retrouvée permet d’aimer sans s’effacer, de recevoir sans méfiance excessive, de donner sans s’épuiser.
À quoi ressemble l’innocence retrouvée dans la vie quotidienne :
“Je peux pleurer devant quelqu’un sans m’excuser.”
“Je ris de bon cœur, sans retenue, comme je ne l’avais pas fait depuis l’enfance.”
“Je peux dire ‘j’ai besoin d’aide’ sans me sentir faible ou défectueuse.”
“Je ne me sens plus obligée de performer pour mériter l’amour.”
“Je peux regarder mon reflet et voir une personne digne d’amour.”
“Je laisse les enfants être des enfants, parce que j’ai guéri mon enfant intérieur.”
“Je ne porte plus la responsabilité des émotions des autres.”
“Je peux être imparfaite et me sentir quand même en sécurité.”
“Je fais confiance à mon intuition car je sais qui est sécure et qui ne l’est pas.”
“Je m’émerveille devant un coucher de soleil comme si je le voyais pour la première fois.”
L’innocence retrouvée est un état dynamique et non un état permanent mais un mouvement, une pratique, un retour conscient vers soi.
Il y aura des jours où :
Les vieux patterns reviennent
La honte réapparaît
Le système nerveux se dysrégule
Mais la différence, c’est que je sais maintenant le chemin du retour.
J’ai des outils :
Une pratique quoditienne comme la respiration, le journal, la marche…
L’auto-compassion
Mon journal et le dialogue avec l’enfant intérieur et la carte du corps
La co-régulation avec des personnes sûrs
La conscience de mes états nerveux
L’innocence retrouvée, c’est savoir revenir à soi, encore et encore, avec douceur.
L’innocence retrouvée, c’est offrir à l’enfant en moi l’enfance qu’elle méritait, maintenant, dans le présent, à travers mon amour et ma présence. L’innocence retrouvée comme acte de résistance
Dans un monde qui glorifie la performance, le contrôle, et la dureté, retrouver son innocence est un acte de courage radical d’aimer.
C’est refuser de :
Porter la honte qui ne nous appartient pas
Vivre en mode survie perpétuel
S’effacer ou se pousser pour exister
Sacrifier son authenticité pour être aimée
C’est choisir de :
Être vraie plutôt que parfaite
Ressentir plutôt que s’engourdir pour éviter l’inconfort, la blessure ou la souffrance
S’émerveiller plutôt que se protéger et se contracter
Aimer c’est s’ouvrir plutôt que de contrôler
L’innocence retrouvée, c’est la victoire de l’amour sur la peur, de la présence sur la dissociation, de l’authenticité sur la survie. C’est rentrer à la maison vers soi-même.
Lectures:
Susan Schwartz, The Absent Father Effect
Kelley McDaniel, Mother Hunger
Rosjke Hasseldine, The Mother-Daughter Puzzle
Brené Brown, Dépasser la honte
Tamara Floyd, Listening When Parts Speak: A Practical Guide to Healing with Internal Family Systems Therapy and Ancestor Wisdom
